Une ortographe corigé...
Imaginer une réforme de l'orthographe, c'est trouver le bon équilibre entre un objectif et une contrainte. L'objectif le plus évident : rationaliser cette orthographe qui parachève de rendre le français si incroyablement complexe. La contrainte : l'orthographe existe et elle existe depuis des siècles. Il n'est raisonnablement pas possible de faire fi de ce passé. D'ailleurs, une bonne partie de la complexité de cette orthographe provient d'une volonté de marquer l'étymologie à l'intérieur des mots. Qu'on y soit favorable ou non, le poids du passé est là.
Pour qu'une nouvelle forme d'orthographe ait des chances de fonctionner, il est indispensable qu'elle trouve le juste milieu entre ces deux aspects. Ainsi, il serait possible d'imaginer une orthographe parfaitement phonétique. Mais elle susciterait une résistance très virulente de la part de ceux ayant appris l'ancienne orthographe. Plus encore, la durée de vie d'un livre étant certainement de plusieurs décennies, toute personne ne maîtrisant que cette nouvelle orthographe aurait toutes les peines du monde pour comprendre ces livres pré-réforme. Une telle approche apporterait une extrême simplification mais représenterait un poids trop lourd aux anciennes comme aux nouvelles générations.
A l'inverse, une réforme qui ne modifierait que de trop rares mots échouerait à rationaliser réellement cette orthographe qui nécessite tant d'année pour une maîtrise jamais parfaite.
La proposition ci-dessous d'orthographe corrigée est une tentative d'équilibre entre ces deux écueils. Au lecteur de juger son échec ou sa réussite...
L'orthographe corrigée se fonde sur quelques principes simples. Ce sont les conséquences pratiques de ces principes qui conduisent à des changements parfois d'ampleur. En vérité, l'orthographe répond également à des principes (peut-être moins simples, cependant). Le plus important est certainement la volonté de transcrire non pas seulement l'oralité d'un mot mais également (et parfois surtout) son histoire étymologique ou pensée comme telle. Cette volonté est louable mais elle est certainement la première source de complexité. L'étymologie est une très belle science mais ce n'est pas parce qu'elle est belle qu'elle doit se rappeler à nous jusque dans le moindre de nos mots. L'orthographe corrigée, parce qu'elle place la rationalisation au-dessus de l'étymologie (encore une fois, parfois fantasmée), se doit d'abandonner ce fondement.
Elle privilégie bien plus l'importance de l'oral. N'oublions pas que la langue est avant tout une chose orale. Elle a toujours été cela. La graphie n'a jamais été qu'un artifice pour perpétuer à travers le temps une langue orale. La langue ne recèle donc pas en son sein l'écriture, même si on l'oublie parfois. C'est cela qui permet à une même langue d'être transcrite via une forme d'écriture ou une autre (le japonais e ses quatre systèmes d'écriture). De passer d'une écriture à une autre (le turc qui est passé de l'écriture arabe à l'écriture latine). Le chinois est la langue la plus parlée au monde et la Chine est en passe de devenir la première puissance mondiale : un jour, le français s'écrira peut-être avec des caractères chinois (à ce moment-là, on rira beaucoup des anciennes querelles orthographiques). Puisque la langue est tout et que la graphie n'est que sa servante, l'orthographe corrigée redonne toute son importance à la prononciation des mots.
Cette orthographe corrigée n'a pas la prétention de la perfection. Elle ne part pas de rien : la réforme de 1990 est un de ses fondements. Elle n'arrive certainement pas au but ultime (et certainement inatteignable) d'une orthographe parfaite. Elle est plus à regarder comme une première étape, permettant aux suivantes d'aller plus loin. Car, oui, corriger l'orthographe prend du temps, tant la bête a de têtes multiples et dangereuses. Elle ne sera pas assagie par quelques règles en une fois. Par exemple, un des points que cette orthographe ne traite pas porte sur les mots d'origine étrangère. Leur variabilité est trop grande pour permettre de les prendre en compte. Mais s'ils devaient se conformer à cette orthographe corrigée, cela passerait certainement par une francisation préalable. Il en est de même des noms propres, même si, là encore, on pourrait espérer une rationalisation selon ces mêmes règles.
Pour qu'une nouvelle orthographe soit facilement comprise, le plus simple est de définir un certain nombre de règles détaillant ce qui est modifié. Puisqu'elles ne doivent pas être trop nombreuses (pour être bien assimilée), il faut que chaque règle ait un fort impact, c'est-à-dire touche un grand nombre de mots. C'est pourquoi dix-sept corrections suffisent à rationaliser largement l'orthographe traditionnelle.
Simplifier les accents et tréma
Correction n°1 : les accents servant à distinguer graphiquement des mots sont supprimés.
Le français craint les confusions. C'est un des arguments prononcés par les tenants d'une orthographe rigoriste. Si des mots de sens différents s'écrivent pareils, comment ferons-nous pour les distinguer ? Cet argument peut sembler logique : l'absence de confusion mériterait quelques règles graphiques supplémentaires... Pourtant, en y regardant de plus près, pourquoi faudrait-il nécessairement un code graphique pour distinguer des mots homonymes mais non synonymes ? Lorsque ces mots sont prononcés, nous ne les distinguons pas. Or, à l'oral, les confusions sont suffisamment rares pour ne pas nécessiter des périphrases continuelles. Pourquoi devrait-il en être autrement à l'écrit ? L'oral comme l'écrit apportent du contexte. Et c'est ce contexte qui suffit à lui seul (l'oral le prouve) pour empêcher toute confusion. Nous ne confondons pas l'avocat (le fruit) et l'avocat (le juriste), quand bien même aucun accent ne les différencie.
En acceptant ce principe, il n'y a pas lieu d'utiliser des accents pour distinguer des mots semblables en forme mais non en signification. Les accents de "à", "où" ou "dû" sont donc supprimés.
Correction n°2 : l’accent circonflexe est supprimé excepté pour accentuer une prononciation.
L'accent circonflexe a servi dans un très grand nombre de cas à marquer d'anciennes lettres disparues, tel que le {s} de "forêt" qu'on retrouve dans "forestier". Ces lettres n'existent plus depuis suffisamment longtemps pour qu'on puisse en faire le deuil et supprimer cet accent partout où il se trouve.
Il est donc parfois remplacé par un accent grave lorsqu'il représente le son {è} comme "fête" ou simplement supprimé comme pour "château".
A la rigueur et de façon facultative, il est intéressant de le conserver lorsque le locuteur veut mettre l'accent sur un {a} plus long tel que le passé simple "vous chantâtes", pour peu que le locuteur fasse cette distinction.
Quant au cas de "forêt", il sera étudié plus longuement un peu plus loin.
Correction n°3 : le tréma est utilisé uniquement et chaque fois qu'il faut marquer la prononciation inattendue d'une voyelle.
L'orthographe du français recèle un grand nombre de digramme (et de trigrammes), c'est-à-dire des couples de lettres transcrivant un son différent de chacun des lettres. Ainsi, les lettres {a} et {i}, réunies ensemble forment un nouveau son /ɛ/ différent de chaque lettre. L'ennui est que certains mots peuvent nécessiter de placer l'une après l'autre ces deux lettres tout en conservant leur prononciation respectives. Afin d'éviter toute erreur, le tréma est ajouté. C'est ainsi le cas du "maïs" distingué du mot "mais".
Puisque le tréma a un rôle clair, autant le lui assigner complètement. Chaque fois qu'un mot nécessite que les lettres possèdent une prononciation à laquelle on ne s'attend pas, le tréma est utilisé. C'est donc le cas pour le digramme (ou, encore une fois, le trigramme). En appliquant cette règle, le mot "trahir" perd son {h} et gagne un tréma. A l'inverse, là où il n'est pas nécessaire, le tréma est remplacé par un accent, tel que le mot "Noël".
Notons un autre cas où le tréma peut se trouver sur une lettre pour marquer un son différent : le {o} suivi d'un {e} collé. C'est le cas du mot "œuf" qui n'est pourtant pas sans rapport avec "ovoïde". Ce e-dans-l'o est donc remplacé par un {ö} puisque le {o} va prendre une prononciation différente de celle habituellement constatée. Les conséquences de cette règle seront reprises un peu plus bas.
Optimiser l'utilisation des voyelles
Du fait d'une volonté étymologique, l'orthographe a conservé des voyelles muettes. Il ne s'agit bien entendu pas des voyelles qui, combinées, donnent un autre son, tels que {ai} ou {in}... Il ne s'agit pas non plus de la lettre {u} qui permet de forcer une prononciation comme /g/ dans "guitare". Il s'agit plutôt de voyelles qui n'ont aucune prononciation et qui ne méritent donc pas d'être maintenues.
C'est le cas des mots qui conservent des {e} muets non pas en position finale mais en position interne : "maniement", "ralliement", "vouvoiement", "aboiement"... Ce sont généralement des verbes du premier groupe dont la terminaison est remplacée par {-ement}. Pourtant rien n'empêche de supprimer ce {e} qui est muet pour ajouter simplement {-ment}. Ces {e} muets à l'intérieur d'un mot sont donc supprimés.
C'est le cas également des {u} conservés dans un mot par similarité avec un autre mot. Ainsi, le verbe "conjuguer" nécessite un {u} pour garder le son /g/ alors que le {g} est suivi d'un {e}. Pour autant, le {u} est conservé dans ses variantes telles que "conjugua" ou "conjuguait". Puisque le {u} n'a pas dans ce cas d'utilité, cette règle le supprime. Ce même {u} va aussi disparaître dans les mots contenant {œu} puisque le son correspondant est amené à être remplacé par un simple {ö}.
Cette graphie inutilement complexe a malheureusement été maintenue dans les mots "oignon" (corrigé par la réforme de 1990) et "seigneur" (à l'origine, "seigneur" se prononçait bien avec le son /e/ et non /ɛ/, comme l'espagnol "señor"). Cette première règle permet donc de supprimer ces {i} surnuméraires.
En revanche, le digramme {qu} ne mérite pas de perdre son {u}, même s'il n'est pas prononcé. En effet, bien qu'il s'agisse de deux lettres séparées, il est toujours utilisé sous la forme d'un digramme.
Il existe dans l'orthographe française une de ces bizarreries qu'on côtoie tout le temps sans jamais bien comprendre ni l'origine ni l'intérêt. Si ce e-dans-l'o ou e-dans-l'a sert à transcrire des mots d'origine latine (ou parfois grecque), il n'en demeure pas moins que, intérêt étymologique mis à part, son utilité n'est pas évidente. Cette règle supprime donc ces lettres liées. Dans certains cas, ceci se fera au profit de la seule seconde voyelle. Ce sera le cas de mots comme "fœtus", "cœlacanthe" ou "ælie" où les deux lettres collées seront remplacés par de simples {é}. Ce premier cas ne porte guère à difficulté puisque le {œ} ou {æ} se prononce réellement comme de simples {é}.
Le second cas est un peu plus complexe. C'est lorsque {œ} se prononce \œ\ (comme dans "un œuf") ou \ø\ (comme dans "des œufs"). La version la plus logique est de remplacer cette ligature par un {ö} puisque le tréma sert à donner une prononciation un peu différente d'une voyelle. C'est par exemple le cas de "œnologie", "œsophage", "œstrogène" ou "œil". Il y a une raison de préférer un {ö} au {ë} : c'est le lien avec les mots de la même famille (cf. correction n°6). Plus exactement, un certain nombre de mots contiennent un {œ} suivi d'un {u} : "bœuf", "cœur", "chœur", "mœurs", "œuvre", "œuf" ou "sœur". Or, beaucoup de ces mots ont des mots de la même famille avec plutôt la lettre {o} : "cordial", "choral", "moral", "ovoïde" ou "sororité". Un {ö} est donc d'autant justifié. Mais alors, le {u} ne présente aucun intérêt. Et d'ailleurs, à l'origine, il n'existait souvent pas. Aussi, la transformation du {œ} en {ö} sera même la transformation du {œu} en {ö}.
Cette modification a une autre conséquence : les digrammes {oe} ou {ae} correspondent toujours à la prononciation de deux voyelles séparées. Il n'y a donc pas lieu d'ajouter un tréma pour mieux les distinguer du {œ} et {æ}, comme cela est le cas pour "canoë".
dans leur forme comme dans leur idée.
Supprimer les consonnes inutiles
Correction n°6 : les consonnes finales sont en cohérence avec les mots manifestement de la même famille, excepté du fait de la régularité des mots et pour les conjonctions de coordination et les prépositions.
Ainsi qu'il a pu être dit, l'orthographe traditionnelle doit une bonne partie de sa complexité à la volonté de faire transparaître l'étymologie à l'intérieur des mots. C'est ainsi que des consonnes muettes sont conservées pour rappeler le mot d'origine (souvent latine). De même, certains groupes de lettres servent à marquer la langue dont il provient, tels que les {th} ou {ph} qui marquent une ascendance grecque. Cette entreprise de corriger l'orthographe implique de passer outre cette volonté de marquer l'étymologie. Pourtant, dès le début, il a été rappelé l'importance de conserver une lisibilité entre l'ancienne et la nouvelle orthographe. Pour atteindre ce compromis, il est proposé de ne pas penser les mots en eux-mêmes mais comme appartenant à une famille.
A la Renaissance, un grand nombre de mots provenant du latin ont été importé en français. Ce faisant, ces mots en ont côtoyé d'autres qui, provenant également du latin, avaient subi l'usure du temps. C'est ainsi que "forêt" s'est retrouvé à côté de "forestier". En considérant les mots dans leur famille et non plus uniquement en eux-mêmes, on peut s'appuyer sur les autres mots pour conserver des consonnes muettes, ce qui garantit une lisibilité entre les orthographes. Mais elle permet également d'être plus claire que la simple volonté étymologique. En effet, la simple connaissance du vocabulaire permet d'écrire la ou les consonnes finales muettes d'un mot.
Reste la question du jusqu'où aller ? En effet, si "forêt" et "forestier" ne posent pas vraiment de problème (de même que "bruit" et "bruiter" ou "vent" et "venteux"), il existe un risque d'aller trop loin. Pourquoi ne pas conserver un {c} muet dans "prix" pour prendre en compte le mot "précieux" (les deux mots viennent d'une même racine latine) ou un {s} muet dans "fenêtre" pour son lien avec "défenestrer" ? Aller à ce niveau représenterait une complexification non-souhaitable. Pour être facilement identifiable, cette limite doit être claire. De même, pour identifier facilement la présence d'une consonne finale muette, il faut que les mots appartiennent manifestement à la même famille. Aussi, ne doivent être pris en compte que le fait que le mot avec cette consonne dispose d'un autre mot de la même famille dont la prononciation (et donc l'orthographe) est exactement celle du mot d'origine. C'est ainsi le cas de "crédit" (car "créditer") ou "temps" dont le {s} final tombe selon cette même règle (car "temporel").
Cette idée de consonne finale en cohérence avec les autres mots de la même famille prend toute son utilité au regard du féminin. Un grand nombre de mot prennent un {e} muet au féminin. Selon cette règle, il est tout naturel que la consonne entendue dans la version féminine doit être une consonne finale muette dans la version masculine ("vert" car "verte", "pris" car "prise").
Quant à la consonne finale qui est utilisée, ceci ne présente presque jamais de problème car, comme nous le verrons plus loin, la plus part des consonnes finales ne se prononce pas. Il restera le cas particulier des mots dont la finale devrait être constituée d'un digramme au regard des mots de la même famille. Ainsi le masculin de "fraiche" devrait logiquement se terminer par {ch}. Sauf que ce digramme est formé de deux lettres et non pas une seule. Pour éviter toute confusion sur sa prononciation (ou plutôt sa non-prononciation), la fin sera seulement constituée d'un {c} à la place du {s} du mot "frais". Selon la même logique, on n'écrira pas deux {s} à la fin de "faux" alors même que le féminin forme "fausse". A la place du {x}, on mettra utilement un {s} et un seul.
Cette règle est certainement une des plus structurantes de cette orthographe corrigée. Elle permet de maintenir à l'identique (ou presque) un grand nombre de mot, facilitant la lecture pour les adeptes de l'orthographe traditionnelle. Mais elle impacte aussi un nombre certain de mots en supprimant des consonnes finales qui ne sont pas en cohérence avec un autre mot de la même famille ("fois", "afflux"). Elle permet également de rendre plus logique l'orthographe de certains mots ("abri" alors qu'il existe le verbe "abriter"). Dans le cas de "forêt", en appliquant cette règle, "forêt" doit redevenir "forest" pour correspondre aux autres mots de sa famille.
Une première exception provient de la recherche de régularité de toute orthographe et en particulier de cette orthographe corrigée. C'est pour avoir moins d'exception, plus de standardisation, qu'il est nécessaire l'orthographe du français. Aussi, certaines lettres finales devraient logiquement être supprimées car sans lien avec des mots de la même famille. Pourtant, dans un souci de régularité avec des mots à la forme similaire, cette finale va tout de même être conservé. C'est le cas des mots finissant en {-ment}. La majorité des adverbes sont constitués ainsi. L'absence de mot de la même famille devrait conduire à supprimer le {t} final. Pourtant, beaucoup de mots sont constitués de cette façon et qui possèdent, eux, des mots de la même famille nécessitant le {t}. Il semble donc cohérent de conserver le {t} dans tous les cas. De même, le français exprime la petitesse par l'ajout du suffixe {-et} ou {-ette}. Au sens strict, beaucoup de mots se terminant en {-et} n'ont pas de mots de la même famille. Mais, toujours dans un souci de régularité avec les mots en {-ette}, il semble préférable de conserver ce {-et}.
La seconde exception à ce principe est une exception de taille ! Il est primordial de maintenir une lisibilité entre les deux orthographes, cela a été maintes fois rappelé. Or, c'est la modification des mots les plus courant qui peut le plus troubler cette lisibilité. En outre, comme nous le verrons dans une règle ultérieure, la liaison entendue à l'oral impose une marque écrite. Pour toutes ces raisons, il semble indispensable de conserver la consonne finale des conjonctions de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car) et des prépositions (à, chez, après, en, devant, jusque, par, pour, sans, vers, sauf, attendu, avant, avec, concernant, contre, dans, de, depuis, derrière, dès, devant, durant, entre, envers, excepté, hormis, hors, malgré, moyennant, outre, parmi, passé, pendant, plein, près, proche, selon, sous, suivant, supposé, sur, touchant, vu, etc.). Ceci ne signifie pas que ces mots restent inchangés (le "à" perd effectivement son accent grave). Mais leur consonne finale demeure telle qu'elle est en orthographe traditionnelle, bien qu'il n'y ait pas de mot de la même famille pour la légitimer.
Correction n°7 : les consonnes sans effet sonore à l'intérieur d'un mot sont supprimées.
Dans le même esprit que pour les voyelles, lorsqu'un mot possède à l'intérieur une consonne muette, elle est supprimée. C'est par exemple le cas des mots "automne", "sculpture" ou encore "baptême". De même les lettres {sc} voient leur {c} supprimé pour cette même raison (par exemple "science"). Cette règle, a priori anodine, a un impact très important. Par principe, un mot avec une consonne double est touché par cette règle puisqu'une des deux consonnes ne se prononce pas. Bien entendu, lorsque chaque consonne se prononce, le maintien de la double consonne est mérité (tel que "occident" où chaque {c} se prononce). De même, si une consonne située vers la fin d'un mot est muette mais correspond à la marque des mots d'une même famille, cette consonne est conservée.
Cette règle implique également qu'une lettre modifiant une autre sera conservée même si, a priori, elle n'est pas matériellement prononcée. Ainsi, les digrammes {ch} et {ph} sont conservés tels quels, même si le {h} ne se prononce pas. En revanche, le {h} dans les digrammes {th}, {rh} et {kh} ne modifient en rien le son de la première lettre du digramme. Puisque le {h} ne se prononce jamais et qu'il est obligatoirement placé à l'intérieur d'un mot, cette règle supprime toujours le {h} dans ces cas.
De la même façon, il existe deux cas où la double consonne modifie le son de chaque consonne. Le doublement du {s} permet d'assurer la prononciation du son /s/. Ce digramme est donc conservé. De même, le digramme {ll} permet d'obtenir la prononciation /j/ comme dans "famille". Là aussi, le doublement de la lettre {l} modifie la prononciation de chaque lettre. Il est donc également conservé.
Correction n°8 : les consonnes finales ne se prononcent jamais excepté {f}, {k} et parfois {c}, {r} et {s}.
Le français a cette particularité qu'un mot, selon qu'il soit masculin ou féminin, peut voir apparaitre une nouvelle lettre. C'est cette particularité qui nous a motivé à écrire une consonne finale muette lorsqu'un mot de la même famille (ou, donc, la forme féminine) révélait cette consonne. Il s'en suit, cependant, une difficulté : savoir si cette lettre finale se prononce ou pas. C'est déjà le cas avec l'orthographe traditionnelle. Si l'orthographe corrigée peut régulariser ceci, ce n'est que mieux.
La présente règle permet de standardiser cela en posant le principe qu'aucune consonne finale ne se prononce. Ce principe peut sembler très lourd de conséquence. Mais en réalité, c'est déjà largement le cas dans l'orthographe traditionnelle. Il existe cependant quelques consonnes qu'il semble difficile de considérer muette en fin de mot. Les mots se terminant par {f} et {k} voient leur consonne toujours se prononcer. D'ailleurs, dans l'orthographe traditionnel, dans la grande majorité des mots, ces consonnes sont audibles. Le cas des consonnes {c}, {r} et {s} est plus complexe.
Pour le {r}, il est parfois audible, parfois non. Dans le cas de mots se terminant par {er}, le {r} ne se prononce pas et il semble logique de conserver cette graphie. En effet, l'infinitif des verbes se fait ainsi et, pour respecter l'inter-compréhension entre l'orthographe traditionnelle et l'orthographe corrigée, il est préférable qu'il en reste ainsi. De même, de nombreux mots masculins ont cette terminaison qui est en accord avec une version féminine en {ère}. Ceci va donc dans le sens d'une lettre finale muette. Dans le cas des verbes du deuxième groupe, au contraire, le {r} est toujours sonore. Reste à gérer les autres cas. Pour éviter toute ambigüité sur les fois où cette lettre serait muette, il est plus logique de la considérer par principe comme muette. On doit alors ajouter un {e} pour le faire se prononcer (ceci sera vu plus loin). Ceci a comme intérêt de mieux différencier les verbes du deuxième et troisième groupe. Il faut cependant accepter que le {r} se prononce même sans {e} dans le cas des conjonctions de coordinations et les prépositions. On arrive donc à la règle suivante : le {r} final est muet sauf pour l'infinitif des verbes du deuxième groupe et pour les mots "car", "pour", par", "or" et "sur".
La prononciation de la lettre finale {c} est encore plus complexe. En effet, certaines fois, cette lettre {c} correspond à un mot de la même famille imposant cette même lettre {c} comme "caduc" et "caducité". Mais d'autres fois, cette lettre {c} est remplacée par le digramme {qu} comme "clic" et "cliquer". Et d'autres encore, on retrouve des mots de la même famille avec les deux finales : "truc", "trucage" et "truquer". Tout cela rend difficile de classer la finale {c} dans la catégorie toujours ou jamais muette. Et ceci est encore plus vrai avec l'idée de faire terminer le mot en {c} lorsqu'une autre forme de la famille contient {ch}. De même, concernant la lettre {s}, il existe de nombreux cas où il se prononce en final tout autant que de cas où il ne se prononce pas. Pour lui aussi, il est difficile de le classer dans une catégorie. En résumé, il existe trois types de consonnes : les consonnes fortes qui se prononcent toujours en fin de mot ({f}, {k}), les consonnes faibles qui ne se prononcent jamais en final ({b}, {d}, {g}, {h}, {j}, {l}, {m}, {n}, {p}, {q}, {t}, {v}, {w}, {x}, {y}, {z}) et les consonnes semi-fortes (ou semi-faibles) qui se prononcent de temps en temps ({c}, {r}, {s}).
Concernant la finale en {r}, on notera une dernière utilisation particulière : c'est le cas des verbes du troisième groupe se terminant par {-ir}. Ils représentent une réelle difficulté pour tout apprenant, en particulier non francophone. Or, pour une fois, l'orthographe pourrait apporter une aide en précisant le caractère irrégulier, justement en ajoutant un {e} muet. Par conséquent, si "dire" conserve ce {e} muet, "venir" en reçoit un, par exemple.
Régulariser divers cas orthographiques
Correction n°9 : le {ch} se prononçant /k/ est remplacé par un {k}.
Toujours dans un souci étymologique, un certain nombre de mots d'origine grecque ont le digramme {ch} alors même qu'ils se prononcent /k/. C'est le cas, par exemple, de "chœur", "archéologue" ou "orchestre". Cette graphie complexifie grandement la lecture puisque le digramme {ch} est déjà utilisé pour la prononciation de /ʃ/. D'ailleurs, c'est cette confusion qui a transformé la prononciation de "architecte" en la faisant évoluer de /aʁ.ki.tɛkt/ vers /aʁ.ʃi.tɛkt/, alors même qu'il s'agit d'un mot grec. C'est la présence du {ch} qui a induit en erreur les lecteurs de ce mot.
La présence règle permet de supprimer toute confusion.
Correction n°10 : le {y} ne marque plus le son /i/.
Le {y} comme son nom l'indique est d'origine grecque, même si sa prononciation originelle correspondait à notre {u}. Le souci de conserver l'étymologie des mots a conduit à le maintenir dans de nombreux mots ("type", "nymphe", "hygiène"...) en lieu et place d'un i. Mais, même des mots d'origine latine ont parfois pris ce {y} sans autre raison que l'esthétisme (par exemple, "style").
Par ailleurs, le {y} permet de noter le son /j/, comme dans "ayant" ou "citoyen". Cette double valeur fait de cette lettre une semi-consonne (ou semi-voyelle). Dans un souci de clarification, le {y} perd sa capacité à transcrire le son /i/. Il ne devient pourtant pas une simple consonne. En effet, le {y} marque également le double {i}. C'est ce qui explique qu'on le trouve dans "pays" puisqu'il permet de faire {ai} tout en ajoutant encore un {i} ou dans "appuyer" où on entend un {i} avant qu'un second permette de faire le son /j/.
Cette règle a une conséquence. Tous les mots qui utilisaient le {y} pour le son /i/ (ou pour former un digramme normalement avec un {i} tel que {in}) voient ce {y} remplacé par un {i}, y compris dans sa plus simple expression : le mot "y".
Certains mots peuvent disposer de voyelle qui ne sont pas prononcées selon leur habitude. C'est le cas du célèbre "monsieur" qui a conservé son origine au sens strict ("mon sieur", comme "ma dame") mais qui, de ce fait, a une graphie bien éloignée de la prononciation habituelle. Selon la présente règle, les lettres {on} sont remplacées par un simple {e}. Et pour éviter toute confusion avec la prononciation du pluriel, ce dernier prend un accent grave sur le {e}. Pour la même raison, le simple {s} devient double puisqu'il est entouré de deux voyelles tout en se prononçant /s/ et non /z/.
Ces bizarreries vocaliques sont aussi présentes dans "différemment" où le {e} devient logiquement un {a} ou "femme" qui subit le même sort. C'est aussi le cas de tous ces mots latins se terminant en {-um} dont le {u} est prononcé comme un {o} (alors que les Romains les prononçaient comme un {ou}), tel que "vadémécum". Et c'est la même chose pour le mot "capharnaüm" qui a eu la chance de recevoir un tréma sur le {u} pour ne pas retenir le digramme {au} mais qui se prononce malgré tout comme un {o}.
Un autre mot qui mérite de revoir son orthographe est un verbe particulièrement courant : "faire". A l'infinitif, son orthographe ne pose aucun problème. En revanche, dès qu'il est conjugué, les problèmes de cohérence apparaissent. Certaines formes continuent de se prononcer avec le son /ɛ/ comme "je fais", "vous faîtes". En revanche, d'autres prennent le son /ə/. On se retrouve avec un véritable problème de graphie. Même s'il paraîtrait logique de remplacer le {ai} dans "faisons" par la lettre {e}, la variation entre {ai} et {e} selon la conjugaison est contre-intuitive. Pour restaurer cette cohérence, il est préférable de remplacer complètement le {ai} par la lettre {e}, éventuellement avec un accent grave selon la prononciation. C'est d'ailleurs le choix fait dans certaines langues, y compris en ancien français.
Voici d'autres mots avec une lettre à modifier : "second" (et ses dérivés) dont le {c} se prononçant /g/ est remplacé par un {g}, "aquatique" (et ses dérivés) dont le {u} se prononçant /w/ comme en latin est remplacé par un {w}, comme par exemple "équation".
Enfin, la cohérence des consonnes pousse à revoir la présence de {qu} lorsqu'un {c} pourrait très bien être utilisé. Ainsi, le mot "truquage", par exemple, peut très bien s'écrire avec un {c} puisqu'il précède un {a} (et que le mot "truc" s'écrit avec un {c}...). De même, le mot "piqure" s'accommodera mieux d'un {cu} à la place du {qu} puisque le {u} se prononce (ce qui n'est normalement pas le cas pour ce digramme). Mais la cohérence a ses limites. De nombreux verbes prennent {qu} à la fin pour marquer le son /k/ (tels que "abdiquer" ou "expliquer"). Selon le temps conjugué, ce {qu} peut précéder un {a}. Mais par cohérence avec le radical, le {qu} sera conservé. Il y a une autre cohérence qui mérite de ne pas transformer un {qu} devant {a} ou {o} : ce sont les pronoms et adverbes interrogatifs. En parallèle de "qui" et "que", il est logique de conserver la graphie "quoi" et "quand". Mais, toujours selon la même cohérence, il est logique de transformer le {c} en {qu} dans "comment" et "combien".
Calquer l'orthographe grammatical sur l'oral
Le français fait une distinction de genre pour tous les noms, en débordant sur les adjectifs et participes qui les accompagnent. Cette distinction, transcrite souvent par l'ajout d'un {e} muet dans l'orthographe traditionnelle, est le fruit de l'évolution à partir du latin, qui marquait cette distinction. Pour autant, depuis longtemps, la langue ne fait plus oralement de séparation entre masculin et féminin d'un même mot, excepté quelques-uns. Ainsi les participes passés des verbes du premier et deuxième groupes ne permettent pas de reconnaître oralement s'ils sont accordés au masculin ou au féminin. Et il en est de même d'un certain nombre d'adjectifs ainsi que de noms qui peuvent être tour à tour masculin ou féminin ("apprenti" et "apprentie"). Aussi, si la langue considère un grand nombre de mots invariables en genre, il est logique de ne plus transcrire à l'écrit une telle distinction. Cette règle ne fait que suivre l'évolution naturelle de la langue.
Bien sûr, les marques du masculin et du féminin existent toujours mais elles sont la plus part du temps cantonnées à l'article. En réalité, en français, une majorité des adjectifs et surtout des participes sont invariables en genre.
En allant au bout de cette réflexion, on arrive à la proposition suivante : le {e} muet ne représente plus la marque du féminin, il ne sert qu'à obliger la prononciation d'une consonne finale qui serait muette, sans ce {e}. Comme on le verra plus tard, la très grande majorité des consonnes sont muettes lorsqu'elles sont finales. Mais lorsqu'on veut marquer leur prononciation, il faut trouver un code graphique pour le signifier. Et c'est la raison d'être du {e} muet.
Reste qu'il faut choisir quelle version, du masculin ou du féminin de l'orthographe traditionnelle, il faut retenir. En réalité, il n'y a guère que le cas des mots se terminant par un {c} qui peut ou non se prononcer. Pour éviter d'ajouter de la confusion entre des adjectifs se terminant par {c} et faisant leur féminin en {che} (selon la règle vue précédemment de la cohérence des terminaisons), il est préférable de transcrire le son /k/ par {que}. On préfèrera donc "publique" à "public".
L'orthographe actuelle marque traditionnellement le pluriel par l'ajout d'un {s} final. Il le fait sur l'article mais également sur le nom et l'adjectif. Pourtant, la langue française, depuis longtemps, ne marque plus le pluriel que sur les articles (et parfois quelques noms). En réalité, en français, la grande majorité des noms et des adjectifs sont invariables en nombre. C'est déjà le cas à l'écrit de certains : souris, prix... Mais l'oral l'applique à la très grande majorité. Le pluriel ne s'entend, alors, que par l'article qui est modifié selon le nombre.
Cette règle consiste à acter cela tout en fixant clairement le pluriel là où il s'entend et en le normalisant. Tous les articles pluriels se terminent par un {s}, sans exception. Le {x} comme marque du pluriel disparait des articles ("aux", "eux"). Les {s} et {x} terminant un mot pour en montrer le pluriel sont supprimés. Bien entendu, cette orthographe corrigée n'a pas pour but de modifier la langue. Aussi, chaque fois que le mot pluriel est oralement modifié de sa version au singulier ("chevaux", "animaux"), cette modification est maintenue, sans pour autant ajouté un {s} ou un {x} final.
S'il est une erreur en orthographe qui est commune, c'est bien la graphie du son /e/. Ceci est dû à une grande quantité de façon de le transcrire : {é} dans "mangé", {ée} dans "mangée", {ées} dans "mangées", {és} dans "mangés", {er} dans "manger", {ez} dans "assez", {œ} dans "fœtus", {ed} dans "pied", {ef} dans "clef", {et} dans "et", {æ} dans "curriculum vitæ" ou {ë} dans "canoë".
Là encore, de nombreuses raisons existes pour expliquer toutes ces variantes : l'étymologie, l'absence de confusion entre deux mots, le rapprochement avec d'autres mots semblables...
Mais force est de constater que toutes ces raisons ont une conséquence indéniable : beaucoup de mots sont mal orthographiés du fait de toutes ces variantes. Cette règle permet de ne conserver que deux graphies du son /e/. Deux car la seule lettre {é} n'aurait pas suffit. Tout d'abord, de nombreux adjectifs et noms ont une version féminine en {ère} qui se justifie d'autant mieux si le masculin est en {er}. En outre, écrire les verbes du premier groupe à l'infinitif en {é} et non plus en {er} aurait représenté une différence sans doute trop importante pour conserver la lisibilité entre les orthographes anciennes et corrigées (d'autant que le {a} avec accent le perd). C'est pourquoi les lettres {er} sont conservées pour les verbes et les mots dont le féminin fait {ère}. Mais, à l'inverse, les mots n'appartenant pas à ces deux catégories n'ont aucune raison de conserver le {er} et passent logiquement vers {é} (tel que "sentier"). Et puisque le {e} muet ne sert qu'à faire prononcer une consonne finale normalement muette, il n'a aucune raison de perdurer dans un {ée}. Et la raison est la même avec le pluriel dans un {és}.
Deux exceptions, malgré tout, tiennent aux mots "et" et "chez". Le premier est d'une fréquence si grande qu'il est difficile à faire changer. En outre, le jeu des liaisons l'obligerait, trop fréquemment à conserver son {t} final. Comme nous l'avons vu dans une règle précédente, lui et les autres conjonctions de coordination demeurent presque inchangés. Le cas de "chez" est un peu plus problématique. Selon la présente règle, les lettres {ez} devraient naturellement être remplacées par un {é}. Toutefois, comme indiqué dans une règle précédente, il est important de conserver la finale des prépositions. Deux solutions s'offrent alors : "chez" ou "chés", les deux permettant les liaisons. "Chez" provenant du latin "casae" (qui signifie "à la maison"), il semblerait plus logique d'adopter la graphie en {és}. Cependant, une dernière règle implique de ne pas modifier les prépositions. Par conséquent, "et" et "chez" demeurent inchangés.
L'orthographe des terminaisons des verbes conjugués est un secteur où le latin a conservé une grande prégnance. Si la troisième personne du pluriel est marquée par {-nt}, c'est pour ressembler à sa forme latine. De même que la présence du {s} final à la première personne du pluriel rappelle le même {s} final dans sa version latine. Et on pourrait citer également les {s} et {t} des deuxième et troisième personnes du singulier. Le problème est toujours le même : le français n'est plus le latin. Si l'un a dérivé de l'autre, sa prononciation a malgré tout bien changé. Cette conjugaison représente une véritable difficulté pour tous les apprenants, étrangers ou francophones. Si le radical ne change guère, au regard des règles précédentes, leur terminaison est amené à se transformer de façon plus importante par cette règle. Si certaines règles ont cherché à préserver l'orthographe traditionnelle pour maintenir une plus grande intelligibilité, cette présente règle va clairement dans le sens contraire. Elle sera certainement une des plus difficiles à accepter car elle touche à de nombreux mots (tous les verbes conjugués) et, plus encore, à des automatismes de déchiffrage des mots, lors de la lecture. Pourtant, il semble nécessaire d'en passer par là car ces terminaisons n'ont guère de fondement. Rien ne justifie de les conserver en l'état, excepté le plaisir d'une orthographe complexe et irrégulière, objectif que combat cette orthographe corrigée.
Cette règle va donc consister essentiellement à faire disparaître les lettres muettes à la fin des verbes conjugués. Les {s}, {t} et {nt} vont donc être supprimées. Pour la deuxième personne du pluriel, en accord avec la règle précédente, elle sera marquée par la seule lettre {é}. Il reste, cependant, un cas où la prononciation ne sera pas parfaitement prise en compte pour éviter des confusions. Le participe présent est utilisé, dans de nombreux cas, comme un nom. Or, lorsqu'il est un nom, il peut être féminisé d'où l'importance de conserver le {t} final. Certains participes présents ne sont jamais des noms. Mais éviter une incohérence entre ceux qui le sont et ceux qui ne le sont pas, ou pour éviter une incohérence entre la forme participiale et nominale, il est préférable de conserver le participe présent avec ses lettres {ant}.
Enfin, concernant le radical du verbe, il va être mis en cohérence avec les différentes formes conjuguées du verbe au même temps et au même mode. Par exemple, le radical conjugué au présent du verbe "prendre" va être "pren-" là où il sera "bat-" pour le verbe "battre", "mèt-" pour le verbe "mètre" ("mettre") ou encore "dis-" pour le verbe "dire".
Lier l'orthographe à la prononciation
Correction n°16 : l'orthographe d'un mot est ajustée à la prononciation souhaitée par l'auteur.
Nous arrivons à la dernière règle de cette orthographe corrigée. La dernière mais certainement la plus difficile à accepter pour les défenseurs de l'orthographe traditionnelle.
La paradigme qui sous-tend l'orthographe telle qu'elle est largement pratiquée est l'unicité de celle-ci. Elle est la même pour toutes et tous, quel que soit son accent, ses habitudes dialectales. Elle est une et c'est à l'individu de s'adapter à elle et non l'inverse. On pourra recherche l'origine de ce paradigme dans la volonté de faire de la langue française (et donc de son orthographe) un symbole de l'unité de la France. Quelle que soit les raisons expliquant ce paradigme, il s'est imposé. Or, s'il y a bien quelque chose à retenir de cette orthographe corrigée, c'est que le poids du passé ne devrait pas avoir prise (ou, en tous les cas, pas une prise démesurée) sur l'orthographe. Ce qui a été vrai peut ne plus l'être et justifier qu'on fasse évoluer l'orthographe.
Face à l'unicité de l'orthographe traditionnelle, cette dernière règle pose la multiplicité. Face au couperet de la bonne prononciation et de la bonne orthographe, cette règle accepte le pluralisme, reconnait la diversité des dialectes français. On ne parle pas de la même façon dans toutes les communautés francophones, du fait de lieux, d'âge, de cultures différentes. Cette règle ne nie pas ces différences.
Ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas de règle à respecter ou de cadre à suivre. Toute orthographe nécessite pour celui qui la pratique d'accepter le respect de ces règles. Mais celles-ci n'ont pas à être figée, sans variation. Elles peuvent différer à la marge. Et c'est ce que permet cette dernière règle.
Prenons, par exemple, le cas des liaisons. C'est certainement le plus grand reproche qu'on pourra faire à cette orthographe corrigée : elle ne respecte pas les liaisons. En supprimant les {s} comme marque du pluriel des noms ou adjectifs, on ne serait plus en accord avec les liaisons tout à fait audibles. Et, par conséquent, cette orthographe, sous couvert de donner une plus grande place à la langue orale, ne la respecterait pas. Mais cette dernière règle permet de prendre en compte les liaisons. Si un pluriel produit une liaison, alors il est possible de la marquer en ajoutant un {s} à ce mot. Mais tout est là : elle n'est que possible. C'est à l'auteur de montrer qu'il marque ou non la liaison. Loin de diminuer l'oral, cette orthographe lui redonne donc toute sa place. L'orthographe peut alors prendre sa vraie place : être au service de la langue orale et non l'inverse.
Dans la même dynamique, si d'une région à l'autre, un mot est prononcé différemment, pourquoi devrait-il être écrit de la même façon ? L'écrire sans tenir compte de la prononciation de l'auteur, c'est lui nier son droit à faire varier les mots, à appartenir à une région au dialecte différent d'une autre. Le dialecte de Paris, de l'Académie française ne vaut pas plus ni moins que celui de Bretagne ou d'Alsace. L'orthographe ne doit donc pas supprimer cette diversité. Cette dernière règle permet d'écrire tout autant "receleur" et "recéleur" ou bien "papeterie" et "papèterie". Cette différence rendent-elles la lecture impossible ? Si, dans la bouche d'un auteur, "zoo" n'a qu'une fois le son /o/, pourquoi lui en mettre deux {o} ?


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